Scénographie • 1991
Théâtre de la Criée - Marseille
Pièce de Jean Genet mise en scène par Marcel Maréchal

Dans le souci d'élargir la portée de la pièce, Marcel Maréchal et son décorateur Roberto Platé ont eu l'idée d'en inscrire le lieu de l'action dans un stade, et plus précisément dans une réplique du Stade Vélodrome de Marseille. Belle façon d'impliquer la ville — où les immigrés sont nombreux — dans l'action représentée. C'est aussi un clin d'œil au théâtre grec et à son dispositif en gradins, ce qui restitue métaphoriquement aux Paravents le plein air où Genet aurait voulu que la pièce se jouât.
Platé propose donc, en développement frontal, trois étages de gradins avec, au niveau du sol, une large aire de jeu en terre battue et une large ouverture centrale, censée donner sur l'extérieur, éventuellement fermée par des rideaux pour les scènes intimes. Les gradins sont scandés par deux larges déambulatoires et coupés par deux vomitoires qui servent de coulisses, tandis que le sommet de la construction est fait de plaques de béton formant un mur.
Il n'y a pas de paravent dans ce dispositif, sinon pour l'arrivée des morts aux treizième et quatorzième tableaux : une des plaques de béton du mur est alors remplacée par un panneau de papier que les morts crèvent, comme s'ils sortaient « d'une matrice mortifère » ; le troisième étage des gradins est leur domaine.
Cette scénographie d'une présence très forte dans son dépouillement peut aisément, avec quelques accessoires, se particulariser selon les besoins de tel ou tel tableau : une grille pour la prison (dixième tableau), un rempart crénelé pour les notables (onzième tableau) ; « cela constitue une sorte de castelet comme au théâtre de Guignol ». De façon très lisible, chaque groupe de personnages a son lieu dans les quatre aires de jeu ainsi délimitées, mais sans interdire des déplacements à travers l'ensemble.
Supprimant les paravents et choisissant un lieu fixe permanent, Maréchal avait à résoudre le problème des actions que les Arabes sont censés dessiner sur une surface mobile : il a recouru à trois banderoles sur lesquelles les comédiens dessinent avec des bombes de peinture.
(Extrait de la notice consacrée à la pièce Les Paravents de Jean Genet, dans Théâtre complet, édition établie et annotée par Michel Corvin et Albert Dichy, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991. Citations tirées des notes de Marcel Maréchal sur la décoration de la pièce).