Scénographie • 1986
Festival d'Avignon
Pièce de William Shakespeare mise en scène par Alfredo Arias

R.P. : Le décor, construit dans la cour d'Honneur du palais des Papes, est un décor invisible ! C'est un des principes auquel je tiens le plus. L'action se déroule sur une île isolée. Je me souviens qu'au début Alfredo Arias voulait voir un grand navire échoué. Mais j'ai insisté pour imposer mon idée et il a finalement accepté. J'ai apporté de l'eau sur la scène dans un grand bassin. Le mur vieux de plusieurs siècles se reflétait sur toute la surface de l'eau. Au centre du bassin, on a recréé un « vestige » exactement comme s'il faisait partie de l'architecture du palais, il y avait même les poinçons des carriers sur les pierres.
Certains spectateurs s'approchaient pour faire des photos de ma ruine en croyant que le bâtiment était d'origine. Certains ont adoré, et d'autres disaient : « La pièce était bien, mais il n'y avait pas de décor ! »

M.B. : Tu utilises souvent de l'eau dans tes décors. Quelle est l'importance de cet élément pour toi ?
R.P. : C'est simplement pour provoquer le reflet de la plus belle façon. Le reflet dans la nature, c'est la Pachamama. Tu es en Suisse et tu vois un lac avec les montagnes à l'envers. Dans le domaine de la scénographie, comme souvent dans l'art, il y a des choses liées à une époque qui deviennent inutilisables parce qu'elles sont démodées. Mais il y a aussi des choses qui seront toujours utilisées. Dans le théâtre, les éléments comme l'eau, le feu, la terre, ne seront jamais démodés : ils pourront seulement subir des traitements différents. Comme le portrait dans la peinture.
