Scénographie • 2012 et 2018
Festival Off d'Avignon, et Buenos Aires
Pièce de Copi mise en scène et décors par Roberto Platé. Adaptation de Claire Ruppli

Entretien avec Claire Ruppli, comédienne
Claire Ruppli : Le jour où Roberto Platé m'a demandé de lire L'Uruguayen, il m'a vue en Copi. Il m'a dit : « Tu seras Copi ! », et c'était déjà toute la mise en scène.
Roberto Platé : Copi s'est souvent travesti en femme scandaleuse. Dans Eva Perón, l'acteur Facundo Bo jouait Eva, et j'ai pensé qu'il était intéressant qu'il s'incarne à nouveau en travesti, mais dans l'autre sens. Le sens femme-homme. Claire Ruppli pouvait être lui, avec sa taille menue et sa finesse.
C.R. : Devenir un homme est une expérience que j'avais vécue il y a déjà longtemps en jouant Cléante dans L'Avare. Pour les répétitions, je me disais : « Tu n'incarnes pas seulement un personnage, mais aussi un homme qui a vécu, qui était reconnu, aimé, admiré. » Je me préparais de longues heures.
M.B. : Se mettre dans la peau, entrer dans le corps d'un homme avec ses gestes et ses attitudes, ce n'est pas seulement enfiler son pantalon ; c'est aussi une performance !
C.R. : Je suis allée en Argentine et en Uruguay. J'ai appris à danser le tango. J'ai trouvé la démarche en m'inspirant de celle des hommes argentins. La voix, je l'ai trouvée quand j'ai eu le masque, c'est-à-dire quand j'ai chaussé le faux nez, les oreilles, ma perruque. C'était une transformation formidable !
M.B. : Ton corps, c'était le « corps de la pièce » !
C.R. : La proposition de Roberto — « Tu es Copi » — signifiait que cela passait par le corps de Copi. Il fallait trouver ce corps pour mettre le texte debout. Je me suis servie de ce texte comme d'une didascalie, j'ai joué ce qui était écrit.
M.B. : Il n'y a rien de conventionnel, de banal, d'ordinaire, de trivial ou de vulgaire, même quand il dit :
« Il y avait du remue-ménage sous les draps, le président se faisait sodomiser par le pape de l'Argentine. »
R.P. : Oui. Il était comme ça. Il avait surtout beaucoup d'humour. C'est un texte pensé en uruguayen et écrit en français.
C.R. : J'ai aussi pensé à ses dessins, j'ai cherché à dessiner avec mon corps. Je suis allée chercher un Copi que je n'ai pas connu et, cependant, j'ai rencontré des gens à Buenos Aires qui me tombaient dans les bras parce qu'ils avaient connu Copi et qu'ils le revoyaient en moi. Comme s'il revivait vingt-cinq ans après.


par Marie-Thérèse Barrett
L'Uruguayen de Raúl Damonte, dit Copi, est une pièce mise en scène par Roberto Platé. Adaptée par l'actrice Claire Ruppli, qui joue le rôle unique et travesti de Copi, la pièce a été créée à Buenos Aires, puis rejouée au Festival d'Avignon en 2012.
Le texte est une sorte de chronique rédigée dans un style épistolaire décalé. Son auteur l'avait dédié à Roberto Platé, qui a décidé de le faire revivre vingt-cinq ans après sa mort en proposant à Claire Ruppli d'entrer dans la peau du personnage et de se lancer dans l'aventure. Un défi séduisant pour une comédienne des plus exigeantes, qui a étudié le mime et qui cherche sans conteste, avec son corps gracile, à atteindre l'expression et les gestes d'un dépassement physique et stylistique.
Le dispositif scénographique est simple et efficace. Roberto Platé a conçu une grande sculpture en forme de phallus au pied duquel se tiennent Copi et Lambetta, son petit chien. Au fil des représentations, l'« installation », pour des raisons de transport évidentes, a été remplacée par une structure gonflable maintenue par un socle rond évoquant l'anneau d'un préservatif.
Les pages du texte de la pièce étaient projetées sur les murs, en arrière-plan, afin de permettre aux spectateurs de lire soit l'original en France, soit la traduction en castillan pour l'Argentine. Cette fable progresse subtilement comme une sorte de biographie qui ne révèle son secret que par une longue fréquentation du texte. Une lettre, adressée à un personnage absent qu'il nomme « cher Maître », et qui s'emploie activement à tout oublier.
Copi préconise avec une douce ironie l'effacement complet du texte qui est en train de s'écrire. C'est un thème développé pour signifier l'amnésie d'un peuple, que l'on retrouvera aussi dans Loretta Strong :
« Je peux toujours vous raconter votre histoire, mais je ne vois pas à quoi cela vous avancerait puisque vous n'avez plus de mémoire. »
Comme dans toute l'œuvre de Copi, le personnage s'exprime avec des mots crus, loufoques et subtilement absurdes, laissant dans les mémoires l'empreinte jubilatoire d'une grande liberté de pensée.
Portrait de Copi par son frère Jorge Damonte.
