Scénographie • 2000
Teatro Colón - Buenos Aires
Opéra d'Arthur Honegger et de Paul Claudel Mise en scène, décors et costumes de Roberto Platé
Prix de la meilleure production de l'année à Buenos Aires

R.P. : J'étais revenu de temps en temps dans mon pays pour quelques expositions de peinture, mais je pense que ce projet signifiait mon premier grand retour en Argentine. Quand la direction du prestigieux Teatro Colón m'a proposé une mise en scène du poème dramatique de Paul Claudel sur une musique d'Arthur Honegger, je n'ai pas hésité une seconde. J'ai travaillé dessus pendant près d'une année. J'ai assumé un triple rôle — mise en scène, décors et costumes — pour respecter l'unité de la production qui, pour moi, était un tout.
Claudel a pris la chronologie de la vie de Jeanne à rebours, en renversant le temps jusqu'à l'instant présent : le feu du bûcher. On remonte ainsi en un bref instant tout le cours d'une vie qui s'achève, non dans la mort, mais dans le mystère même du sacrifice :
« Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. »

Un bûcher qui est... Ainsi se profile une histoire à la fois grandiose et truculente, mystique et populaire, reliant Rabelais à L'Imitation de Jésus-Christ, au Roman de la Rose et au Cantique des cantiques...
Il y a un lustre monumental dans la salle du Teatro Colón, un lustre en bronze de 7 mètres de diamètre qui est fixé à 28 mètres du sol. La chanteuse qui incarnait la Vierge Marie aurait dû chanter depuis la fosse d'orchestre, près du maestro. Mais j'ai proposé qu'on lui installe une place dans le lustre, qui a la forme d'une grande corbeille. Jacques Rouveyrollis y a aussi disposé ses éclairages. Il y a fait surgir un faisceau de lumières à la manière des peintres du Quattrocento. Avec la voix qui semblait venir de l'au-delà, du ciel, l'effet était saisissant, surtout pour un public très catholique !

À la fin, il y a un dialogue. Jeanne dit : — « J'ai peur, je crains le feu ! » Et la Vierge Marie lui répond : — « Tu ne peux pas craindre le feu car tu es le feu toi-même. »
Le feu qui était projeté sur la scène et le bruit des flammes étaient si intenses que j'ai eu peur qu'il y ait un mouvement de panique dans le public. Et la panique, c'est terrible, cela peut provoquer de graves accidents.
