Scénographie • 1982
TNP Villeurbanne et Théâtre national de l'Odéon - Paris
Pièce de Botho Strauss mise en scène par Claude Régy

Lotte (Bulle Ogier) apparaît toute petite devant la façade de l'immeuble. Elle s'adresse désespérément à l'interphone, tandis qu'un intérieur inaccessible transparaît derrière la vitre fumée grâce à l'éclairage aseptisé des plafonniers du hall. — Ch. G.-S.

par Chantal Guinebault-Szlamowicz Maître de conférences à l'université de Lorraine, chercheur associé à l'ARIAS-CNRS
La collaboration de Claude Régy avec l'artiste Roberto Platé sera des plus fructueuses. Elle se renouvellera sept fois. Pour Grand et Petit, en 1982, le peintre propose un espace « réaliste et mental à la fois ».
Une boîte monumentale est construite sur le vaste plateau du TNP. Une boîte aux murs gris-beige, fermée sur le devant par une façade de verre fumé dans laquelle des montants d'aluminium découpent une grande porte d'immeuble équipée d'un interphone. Cette façade peut être remontée dans les cintres, découvrant alors un espace intérieur, une salle très vaste, avec un vrai plafond et tout son éclairage. Le sentiment de grandeur est renforcé par un dispositif en perspective accélérée : le volume repose sur quatre piliers délimitant les quatre angles de la boîte, mais au lieu de former un simple cube posé sur le sol, les parois latérales se resserrent vers le lointain, accentuant l'impression de profondeur. Des éléments mobiles interviennent selon les scènes (fenêtres, baie vitrée ou porte d'ascenseur). Un mobilier sommaire, toujours écrasé par l'espace, accroît encore la sensation de vide.
Pour certaines scènes en extérieur, il ne subsiste sur le plateau que les quatre piliers. Ainsi, les deux volumes, celui de la boîte grise et celui de la cage de scène, fonctionnent ensemble, en tension, car leur enchâssement est visible, ne serait-ce que par l'écart permettant tout un circuit de déambulation depuis les accès latéraux jusque devant le décor. Cette exploitation de la cage de scène est très maîtrisée. Des découvertes sont prévues partout où le regard du spectateur peut s'insinuer : des murs gris construits en parpaings sont placés et déplacés derrière les diverses ouvertures.
« La force de Platé était là, visible. [...] Les chambres, les bureaux, la salle d'attente des cabinets médicaux, tout était pareil et différent. Tout était immense. [...] Le simple et l'infini d'un seul regard. »
C'est précisément un procédé surréaliste, pictural, que Roberto Platé met en œuvre par la manipulation des dimensions. Un subtil étirement. Cette manipulation sert le désir du metteur en scène d'articuler des polarités qui d'habitude s'évincent l'une l'autre : « réalisme et mental » ; « pareil et différent » ; « simple et infini ».

