Scénographie • 1970
Théatre de l'épée de bois, Paris
Groupe TSE

R.P. : La première fois que j'ai fait une scénographie, c'était dans l'appartement de Copi, boulevard Saint-Germain. Moi, j'habitais à l'hôtel et c'est chez l'auteur de la pièce intitulée Eva Perón, dans son living-room, que tout a eu lieu. À 100 mètres de chez lui, il y avait une boutique de bricolage où j'ai acheté clous, scie, marteau, peinture... C'était réellement du home made.
La toile de fond représente la ville de Buenos Aires. L'obélisque, au centre du plateau, est l'équivalent de la tour Eiffel pour Paris. Au premier plan, on voit les bâtiments qui ne dépassaient pas 1,50 mètre et sur lesquels on pouvait s'asseoir, il y a « el Congreso », « la Casa de Tucumán », des bâtiments historiques...
La famille de Copi a été très touchée par le péronisme. Ils possédaient et dirigeaient le célèbre journal Tribuna Popular qu'ils ont dû fermer, et comme ils ne pouvaient plus vivre en Argentine, ils ont d'abord vécu en Uruguay, pas loin de Buenos Aires, puis à New York je crois, et enfin à Paris. À cette époque, Copi recevait des lettres de menace, provenant de Madrid où Perón était exilé, car il osait toucher au mythe d'Evita Perón. Elle était incarnée par des travestis. Imaginez la provocation !
Le jour de la première, Ordre nouveau, un groupe d'extrême-droite, est entré dans le Théâtre de l'Épée-de-Bois en détruisant le décor et en déchirant les costumes que Juan Stoppani avait conçus. Les comédiens sont partis en courant, Marucha Bo, Facundo Bo, Michèle Moretti, tous les trois avec la même robe de présidente, Philippe Bruno et Jean-Claude Drouot ont dû filer aussi. Mais le lendemain nous avons tout remis en place ; et ça a été le début d'un grand succès.


