Exposition individuelle
Galerie Wussmann, Buenos Aires
20 mai 2007
Galerie Wussmann
Buenos Aires
Extrait traduit du livret d'expo: Le regard du peintre par Raúl Santana (Avril 2007) Le visible qui, jour après jour, entoure Roberto Plate dans son atelier de Paris — le chevalet, les toiles, les châssis, les peintures, les pots et les pinceaux, ce monde olfactif et rétinien si cher à l'artiste —, ces matériaux qui, restant toujours les mêmes, lui ont permis tout au long de sa vie de peintre et de scénographe d'évoquer les choses les plus disparates du monde, ont été son constant point de départ pour mettre en mouvement son corps, cet autre grand protagoniste qui parachève le miracle de sa peinture. « Le peintre apporte son corps », disait Paul Valéry en faisant référence au fait qu'il n'y a pas de peinture sans le corps comme instrument ; mais le propre corps de Plate, sa silhouette, entre et sort de manière fragmentaire de ces toiles monumentales comme si un autre capturait les scènes en le définissant : une autre forme davantage entrelacée aux autres motifs. Quel est le point de vue du peintre si des fragments de son propre corps, même de dos, s'intègrent à la scène? Il nous faudrait parler de visions multiples (plurivisions) traversées par des fantômes spéculaires de lui-même, qui placent chaque élément dans le même espace que celui qui s'offre à notre regard. Dans ces espaces virtuels si denses, une fois que le regard, projeté dans cette irréductible contingence spatiale, commence à recomposer les formes fragmentaires, nous reconnaissons dans ce petit microcosme des parcelles du monde qui, bien au-delà du point de départ, continuent de tramer d'autres récits. Si son ancienne explosion expressionniste réapparaît parfois, c'est désormais pour se combiner avec des aplats de couleur qui minimisent l'éloquence du geste, dans un dialogue qui continue de proposer l'immémoriale puissance de la couleur. Qu'il en soit conscient ou non, Roberto Plate représente l'origine de toute représentation, y compris celle de son propre corps, dont le visage se reflète sur l'une de ses toiles à l'intérieur d'un pot de peinture bleue, comme s'il attendait, à l'image des autres protagonistes, de devenir visible dans un autre espace virtuel. Et si j'évoquais plus haut la construction d'autres récits, c'est parce que dans l'éloquence silencieuse de ces scènes se devine la quête de la plus grande des énigmes du peintre : celle de son propre regard qui, sur ces surfaces, devient la métaphore d'une vision multiple difficile à situer, et qui ricoche également sur ses silhouettes insaisissables vues de dos, pour continuer à célébrer la beauté incandescente du monde. - Raúl Santana (Abril 2007)