Exposition individuelle
Fontenla , Buenos Aires
10 mai 2012 - 6 août 2012
Fontenla
Buenos Aires
Texte sur invitation traduit: Ce qui est visible et qui, jour après jour, entoure Roberto Plate dans son atelier parisien — chevalet, toiles, châssis, peintures, pots et pinceaux, ce monde olfactif et rétinien si cher à l'artiste —, ces matériaux qui, tout en restant toujours les mêmes, lui ont permis tout au long de sa vie de peintre et de scénographe d'évoquer les choses les plus diverses du monde, ont été son point de départ constant pour mettre en mouvement ces visions que je n'ose nommer « natures mortes ». Elles en sont en effet la négation même : là où les premières relèvent de l'inquiétude et de l'intimisme, celles-ci sont pure contingence, une danse vertigineuse dont les objets choisis sont les protagonistes. Plus qu'une sage délimitation des motifs, ces derniers sont enveloppés dans le geste expressif de l'artiste pour transmettre son propre corps fait peinture, comme une affirmation vitale. Quelles que soient les dimensions de ses toiles, elles apparaissent toujours comme le fragment d'une scène bien plus vaste ; comme si Plate avait réussi à capturer sur chaque toile des visions fragmentaires destinées à se prolonger sur d'autres. À cet égard, il est aisé de remarquer que dans ses tableaux, rien n'a le privilège d'être central : ils investissent les quatre bords du plan, coupant les motifs la plupart du temps. Il faudrait plutôt parler de « plurivisions » qui placent tout dans le même espace offert à notre regard. Dans ces espaces virtuels et bigarrés, une fois que le regard, projeté dans cette irréductible contingence spatiale, commence à composer les formes, nous reconnaissons dans ce petit microcosme des notes du monde qui, bien au-delà du point de départ, continuent de tramer d'autres récits. Si la constante de son œuvre est l'éclosion expressionniste, celle-ci se combine parfois avec des aplats de couleur qui minimisent l'éloquence du geste, dans un dialogue qui continue de proposer la puissance immémoriale de la couleur. Et si j'ai parlé plus tôt de la trame d'autres récits, c'est parce que dans l'éloquence des scènes se devine la quête du plus grand mystère du peintre : celui de son propre regard. Sur ces surfaces, ce regard devient la métaphore de plurivisions difficiles à localiser, qui se déploient sur chaque toile pour continuer à célébrer l'énigmatique incandescence du monde. Raúl Santana